Deux mois s'écoulèrent, paisible est sans problème.
Pourtant un matin, le commissariat aux réfugiés nous fit parvenir une lettre qui nous expliquait que pour des raisons d'argent il ne pouvait pas nous garder sur cette île et qu'il nous enverrait le plus rapidement possible un moyen de partir à la rechercher d'une autre terre plus riche.

En effet un navire accosta une heure plus tard et nous montâmes tous à bord. Je me sentais tout heureux de m'en aller et je nourrissais l'espoir de trouver au bout de cette longue traversée un pays qui nous accueillerait.
Peu à peu je compris la véritable cause de l'envoi de ce bateau. Normalement, il devait contenir 300 à 400 passagers mais nous n'étions que 96 et cela le déséquilibrait fort, en plus il ne possédait pas de voile, ni d'hélice.

Accroupi au fond d'une cale, j'essayais de saisir pourquoi le gouvernement après nous avoir accueilli nous repoussait si lâchement.
En fait, l'Etat ne nous avait pas fait de cadeau en nous donnant cette embarcation, ils nous abandonnaient bel et bien à notre triste sort.
Je ne comprenais pas comment des gens pouvaient se battre pour de simples terres qu'ils ne posséderont jamais. On ne détient rien dans ce bas monde, même pas son existence alors comment envisager de conquérir les propriétés d'autrui ?

Vy dormait dans les bras de ma mère, les pieds pataugeant dans l'eau. Ah ! Qu'est-ce que je pouvais détester cette cale ! Il y régnait une chaleur étouffante et une puanteur insoutenable d'essence et de transpiration. On naviguait pratiquement sur un tas de ferrailles qui voguait selon son gré.

Les rations de vivres qui étaient à bord nous permettrait à peine de survivre 4 jours, mais si par malheur nous restions plus longtemps : une semaine, un mois, un an ? J'allais sombrer dans la déprime et l'angoisse et je décidais d'aller me balader sur le pont pour me changer les idées.
L'ensemble des hommes s'affairaient, réparant de-ci de-là une fuite, colmatant un trou, ...
Mon père dirigeait les opérations. Son air grave m'effrayait un peu, il était pâle et fatigué. Que restait-il de cet homme vigoureux et toujours souriant ? Rien qu'un reflet de lui-même. Il se tenait là droit, majestueux tel un flambeau qu'on brandit.
Il émanait de lui une incroyable lueur d'espoir.

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