Vers le 4e jour, la nourriture commença à manquer, on n'eut plus droit qu'à une poignée de riz et un verre d'eau par personne.

Heureusement, il n'y avait une petite étoile dans ce ciel obscurci : les réparations entamées prenaient fin, les moteurs allaient refonctionner ! Et puis on était en train de construire une hélice, tout en progressait pour le mieux. Quelques heures plus tard, j'entendis les machines cracher, tousser, expulser leur mauvais toux sous forme d'épais nuages noirs. Le bateau avançait, péniblement, mais petit à petit, il se frayait un chemin dans cette vaste étendue d'eau.
Tout heureux, je me décida à aller chercher ma soeur pour qu'elle profite du spectacle, mais, tandis que je descendais les escaliers, une terrible secoussse me fit dégringoler et je me retrouvais sur le dos.
A peine m'étais-je rendu compte où je me trouvais qu'un autre tremblement suivi. J'escaladais péniblement les marches, décidé à découvris la cause de ces arrêts répétés.
Sur le pont on m'expliqua enfin : les moteurs avaient rendu l'âme. Mon père fatigué alla se reposer, on reprendrait tout cela certainement demain.

A l'aube, tout le monde était debout et je m'aperçut avec surprise que les femmes cousaient des morceaux de tissus pour en fabriquer des voiles. Les maris, eux, tentaient, de remettre les machines en route.

Durant le milieu, le milieu de l'après-midi mon père prit une grande décision, il allait plonger pour essayer d'installer l'hélice. Les autres hommes étaient trop faible ou trop vieux et les jeunes ne savaient pas nager.
On attacha donc une corde à sa taille et il disparut dans la mer. Quelques minutes passèrent, il réapparut et réclama un couteau. Il replongea une bonne vingtaine de fois, je l'observais fasciné, c'était mon père cet homme qui allait peut-être sauver notre navire. Je m'assoupissais légèrement quand des cris me firent sursauter.

Ils étaient dirigés vers mon père qui n'entendait rien à cause des vagues. Me relevant je compris ! Un énorme aileron s'approchait ! Je ne savais plus me dominer, je hurlais à tue-tête.
J'aurais bien plongé pour l'avertir mais la peur me soudait au sol. Cela s'approchait de plus en plus jusqu'au moment où l'aileron disparut... Et mon père avec lui. Une boule restait coincer dans ma gorge, je voulais pleurer mais je n'y arrivais pas. Je ne sais quoi m'empêchait mes larmes de couler. Je me penchais sur le rebord pour essayer d'identifier le cadavre de mon père quand une tête puis un torse surgirent des écumes. C'était lui et il était vivant ! Mais comment avait-il pu échapper à ce dangereux prédateur ? Tant pis pour la réponse, j'étais trop content pour me poser des questions. Je courus lui chercher une corde pour le hisser à bord.
Lorsqu'il fût sur le pont, j'aperçus de grosses tâches de sang qui souillaient le parquet de bois. De grandes plaies recouvraient ses jambes... on alla chercher un tissu pour lui faire un garrot mais on ne trouva qu'un bout de torchon sale provenant de la voile que les femmes étaient en train de coudre.
Heureusement, un de nos camarades avait appris la médecine, sans son matériel il ne pouvait rien tenter mais sa présence me réconforta.
On emmena mon père dans un endroit calme et moins humide pour essayer de refermer les plaies...sans anesthésie !
Ma mère s'élança vers moi, venant seulement de se rendre compte de ce qui s'était passé.

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